| L'EPRA au 3ème Forum Médias Banlieues |
|
Véritable lieu d’expression pour les associations et les médias de quartiers, le Forum Médias Banlieues vise essentiellement à mettre en avant le potentiel des médias de quartiers auprès de la presse nationale ou régionale et des décideurs. Ce Forum a eu lieu en présence notamment de Jérôme Bouvier, Médiateur de Radio France et Président de Journalisme et citoyenneté ; Stéphane Gatignon, Maire de Sevran (93); Axiom, rappeur, Edouard Zambeaux, journaliste à France Inter (ex RFI), Fadila Mehal, directrice de la Culture et de l'Information (Acsé) et Nordine Nabili, directeur de l’ESJ-Bondy. Le traitement médiatique des banlieues a-t-il évolué depuis 2005 ? Telle était la question transversale de ce Forum "La parole des habitants des quartiers populaires reste souvent mal représentée, sinon absente des médias et du débat public. Des médias œuvrent dans les quartiers populaires. Outre leur savoir-faire dans la diffusion d’informations locales ou nationales et de réflexion, ils recréent de la citoyenneté en considérant l’outil médiatique comme un levier pour l’expression, le dialogue, l’engagement." Le 3ème forum Médias-Banlieues, a croisé le point de vue des acteurs des quartiers, des journalistes, des élus et des spécialistes.
Les différentes tables rondes ont notamment abordé la question de la diversité dans les média, aussi bien par le nombre encore insignifiant de journalistes issus de l'immigration, que du point de vue des sujets abordés, notamment par les grands média, ou des programmes télé qui sont diffusés, par exemple. Il a également été évoqué le manque de formations de journalistes issus des banlieues, selon le cursus classique de l'école de journalisme, plutôt que de créer des organismes de formation en banlieue. Il semblerait que le métier de journaliste reste encore réservé à des privilégiés, soit par cooptation soit parce qu'on est fils de...On note une légère amélioration de la situation depuis les émeutes de 2005 mais pas vraiment de grands changements quant à l'image véhiculée par les média français concernant les banlieues ou les quartiers dits difficiles, des chaînes de télévision ont été citées par rapport à des reportages qu'elles ont réalisé récemment dans certaines banlieues et qui ont eu retentissement national très négatif par rapport à l'image de ces banlieues. Abdel, un étudiant en droit désormais célèbre pour avoir "piégé" un journaliste d'un grand hebdomadaire français, était présent et a témoigné de son expérience avec "Le Point'. En effet, Abdel est le jeune qui a piégé le journaliste de l'hebdomadaire "Le Point" en se faisant passer pour une mère de famille immigrée malienne, polygame qui avait 8 enfants dont un au bord de la délinquante. L'interview ayant été réalisée par téléphone, le journaliste qui n'avait pas pris la peine de vérifier l'identité de son interlocuteur, ni la véracité des informations, a écrit son article qui faisait partie d'une double-page sur la polygamie, titrée «Un mari, trois épouses» et cosignée par trois journalistes. Le sous titre de l'article annonçait «Témoignage: rencontre à Montfermeil avec des familles polygames dont une dénommée Bintou, Malienne de 32 ans, troisième femme d’un «Malien d’une soixantaine d’années»."Dans mon entourage, nous sommes plusieurs à être outrés de la façon dont on parle de Clichy-sous-Bois dans les médias. On n'entend que les histoires de voitures volées, et que l'on soit n'importe où en France, quand on pense à Clichy, on pense à la violence. Les médias nous ont mis une étiquette sur le dos." s'insurge Abdel. ![]() Nourdine Nabili directeur de l'ESJ Bondy, une annexe de l'ESJ Lille qui a été implantée et inaugurée en septembre 2009 à Bondy, avec une classe prépa "égalité des chances" qui permet à des jeunes issus de milieux modestes d'accéder à une grande école de journalisme. Nordine Nabili,qui est également Président du Bondy Blog, pense que c'est en permettant aux jeunes issus des banlieues d'avoir accès aux média et au professionnalisme dans le journalisme qu'on sortira de cette image véhiculée par les médias sur les quartiers. Il est persuadé que le changement des mentalités opérera et que même si le chemin est long, le succès d'initiatives telles que Le Bondy blog ou l'ESJ Bondy qui a déjà permis à 12 élèves sur 20 de la première promotion (63% de taux de réussite) de réussir le concours d'entrée dans une école de journalisme, pourrait faire des émules. Cela prouve qu'on peut sortir de ce qui semblait être une fatalité quand on est issu de la banlieue ou de quartiers dits difficiles, quand on se (nous) donne les moyens. Pour Nordine Nabili, "les rédactions ont tout intérêt à s’ouvrir à ces profils qui viendront apporter un horizon, une culture et un regard différent sur la société. Aujourd’hui, il est temps que les médias français reflètent la rue." tCertains dans la salle ne voyaient pas les choses de la même manière, critiquant même le fait qu'une école de journalisme destinée à une classe prépa pour les jeunes des banlieues, soit implantée en banlieue, alors qu'au contraire il faudrait sortir ces jeunes de leur banlieue. Edouard Zambeaux, le journaliste à France Inter (qui était également à RFI) et dont de nombreuses émissions ont été diffusées par l'EPRA, participait à la première table ronde, lui qui avait créé et animait depuis huit ans l'émission Microscopie sur RFI qu'il présente ainsi : « Microscopie est un magazine de société mêlant reportages et éclairages, qui veut partir du détail pour arriver à voir les conséquences humaines de situations ou de débats qui ne sont bien souvent évoqués que dans leur globalité. (...) Reportages et témoignages au plus près du quotidien des gens sont mis en perspective chaque semaine par des experts ou des grands témoins invités en studio ou rencontrés sur le terrain ». L'émission était très bonne, l'une de ses journalistes vient même de recevoir le prix de la Radio Suisse Romande pour un reportage produit et diffusé par Microscopie. (site de RFI). Et pourtant, l'émission s'est arrêtée le 31 octobre 2010. Edouard Zambeaux en parle ainsi sur la page facebook qu'il consacre à l'émission "convoqué par la direction, je me suis entendu dire : « la banlieue ne mérite pas 47 minutes hebdomadaire sur RFI ». Enfin Fadila Mehal, directrice de la culture et de l'information à l'Acsé, qui participait à la deuxième table ronde "le traitement médiatique des banlieues a-t-il évolué depuis 2005 ?" a constaté l'évolution qui restait à faire dans le domaine du traitement médiatique des banlieues et des citoyens issus de ses banlieues et a évoqué les initiatives encouragées et soutenues par l'Acsé pour remédier à cet état de fait et changer le regard porté par les médias et par conséquent les français sur les banlieues. Elle a notamment mis l'accent sur les média alternatifs, en évoquant les média locaux et régionaux associatifs et l'internet, qui permettent aujourd'hui de "jouer dans la classe des grands" ou en tous cas une autre façon d'aborder ces sujets en étant sur le terrain et souvent au centre des problématiques puisque beaucoup de jeunes aujourd'hui se sont emparés de l'outil internet, notamment en créant des blogs et en diffusant des informations que l'on ne trouve pas dans les autres média. Le Bondy Blog est un bon exemple (même s'il nous vient de Suisse). Tout au long de l'après-midi, entre les différentes tables rondes, la salle a eu droit à des intermèdes musicaux avec le rappeur Axiom très en forme et très présent sur scène, accompagné d'une autre artiste.Le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, n'ayant pas pu faire le déplacement, c'est à travers une vidéo qui a été diffusée à la fin du Forum qu'il a adressé son message à la Salle. C'est vers 20h que tous les participants se sont retrouvés autour d'un sympathique buffet préparé par l'équipe de Presse et Cité. (Crédits photos Nachida Baba Aïssa) Ils s'interrogent également sur l'approche éditoriale et pédagogique du traitement des banlieues par les média : la vie quotidienne dans ces quartiers dont les habitants sont après tout les premières victimes, la parole donnée aux acteurs de ces quartiers et des élites qui quoi qu'on dise en émergent, l'emploi de journalistes issus des quartiers, le fossé social entre les rédactions et toute une frange de la population du pays etc. (crédits photos Nachida Baba Aïssa) Presse et Cité est une association qui anime un réseau de 15 média implantés dans les quartiers populaires. ENTRETIENS & REPORTAGES :
|